Tu m'envoies trois choses simples sur WhatsApp ou par le formulaire : ton prénom et celui de ta mère (chez nous, on se nomme par le sang maternel — c'est ce qui donne accès le plus directement à ton âme), une photo récente de toi (visage dégagé, regard ouvert, prise les yeux ouverts, jamais de selfie filtré), et ta date de naissance approximative. Si l'envoûtement amoureux concerne ton couple, j'aurai aussi besoin du prénom de la personne, et idéalement d'une photo d'elle. Voilà tout. Aucune autre information intrusive. Je ne te demanderai jamais ton adresse, ton numéro de carte, des photos compromettantes — méfie-toi de quiconque le demande.
Ensuite je fixe une date — la prochaine pleine lune ou le prochain Vendredi favorable selon mon calendrier lunaire kabyle. La veille, je purifie ma cour de pratique avec du bkhour de harmel. Le jour du Tasdir, à l'heure dite (souvent au crépuscule, entre maghreb et icha), je dispose ta photo sous le bol d'eau froide, j'allume la bougie en cire d'abeille, j'enchaîne les invocations en tamazight et je coule le plomb. La forme apparaît. Je la lis. Je la prends en photo pour mes archives. Je refais fondre, je refais couler, autant de fois que nécessaire selon ton cycle. À l'aube, j'enveloppe le plomb final et je l'enterre au pied de l'olivier de ma terrasse.
De ton côté, tu allumes une bougie blanche à l'heure que je t'aurai indiquée. Tu prends un bain au sel gemme. Tu portes la khamsa que tu as reçue (offerte, jamais achetée pour toi seule). Tu te couches en récitant Bismillah trois fois et en pensant à toi — pas à lui. Le lendemain matin, je t'écris pour te dire ce que j'ai vu dans le plomb, ce que j'ai brisé, et ce qu'il te reste à faire pendant le cycle. La baraka voyage par l'invisible ; les kilomètres ne sont pas un obstacle pour les saintes Yemma Gouraya et Lalla Khedidja. Inchallah, tout est aligné.